OURAGAN

Un film de
Cyril Barbançon, Andy Byatt & Jacqueline Farmer
LE 8 JUIN

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Influence et libre inspiration : « La mer et le vent » de V. Hugo

« La vénérable nature, tenue pour sacrée, mais mise en état de suspicion perpétuelle », tel est pour Victor Hugo, « le point de départ de l’esprit de découverte ».

L’écrivain est curieux, engagé intellectuellement et politiquement, son œuvre prolifique illustre la variété et la convergence de ses centres d’intérêt. Scientifique et philosophe, Hugo s’intéresse très tôt à la nature (« Elle a ce qui nous manque, le temps et l’espace ») et de fait, à la science, dans cette seconde partie d’un siècle qui voit cette discipline se développer de façon exponentielle.

tableau représentant une vague roulant sur la mer
Victor Hugo, "Ma destinée" (plume et lavis d'encre brune, gouache). © PMVP.

Lorsqu’il écrit « Les Travailleurs de la mer », pour lequel il prend des notes qui deviendront le texte « La mer et le vent », Victor Hugo est en exil, à Guernesey depuis près de dix ans. Pour ce passionné qui goûte et ressent profondément les phénomènes terrestres et climatiques, la mer est une force de la nature, que l’on admire et que l’on craint. Elle est sa compagne d’infortune pendant l’exil, « particulière parce qu’insoumise ». Elle est aussi le nid de l’ouragan, car « quoi qu’il en soit, les eaux sont aux vents, le flot subit le souffle ».

Ce texte présente de magnifiques descriptions d’instants de tempêtes, la prose d’Hugo redonne vie au déchaînement des éléments, pour lui « c’est le poumon de l’infini qui souffle ».

Nous rencontrons ce texte un peu par hasard, alors que nous sommes déjà en phase de post production du film. Instantanément, nous sommes frappés par la corrélation entre les mots de Victor Hugo et ce que nous avons vu, vécu, ressenti sur le terrain, comme si une sorte de filiation s’établissait entre son texte et nos recherches, par delà plus d’un siècle et demi. Nous sommes étonnés par sa prescience, par le fait qu’intuitivement l’écrivain devine beaucoup du fonctionnement des ouragans, ce bien avant l’observation du phénomène par satellite. Hugo établit aussi que ces systèmes n’apportent pas que du mal, ce que la science n’a pu prouver de manière concrète que très récemment.

Le texte entre ainsi en résonance avec l’histoire de Lucy, ce vent qui naît en Afrique, grandit en traversant la moitié du globe, pour venir exploser sur les côtes américaines, occasionnant destruction et désolation (« l’ouragan et la colère sortent du même moule »), mais aussi faisant renaître la vie de ce chaos (« l’élément est d’un côté fléau, et de l’autre bienfait. Et c’est le bienfait qui est son grand côté »).

un bateau à vapeur sur la Durande déchaînée
Victor Hugo, "Gros temps, la Durande" (encre brune et lavis).
© Bibliothèque Nationale de France

S’interrogeant sur la fonction des ouragans, Hugo constate que la force et le sens de la Nature transcendent l’Homme : « Le Pourquoi des désastres est au-dessus de notre entendement ».

Cherchant à percer les mystères de ces éléments, le texte égrène les exemples de catastrophes commises par le vent dans la seconde moitié du 19e siècle, comme une gémellité météorologique se répliquant constamment lorsque l’on regarde, impuissant, les images de Lucy s’abattant sur la forêt d’El Yunque aujourd’hui.

« Une tempête est un acte de dictature de l’ombre rétablissant l’équilibre ». C’est ce mouvement que nous avons voulu raconter.

Si les images et les sons œuvrent à retracer au plus près la naissance et le parcours de cet ouragan, tout n’est pas dans le film. Les mots permettent d’approfondir la démarche de connaissance de ce monstre climatique, de qualifier au plus juste du ressenti ses conséquences, néfastes ou bénéfiques.
Conséquentes pour l’homme car conséquentes pour son environnement. La problématique des évolutions météorologiques émerge déjà en 1865, et la question de situer l’homme dans son environnement habite considérablement l’œuvre du poète.

Cette réflexion prend un sens tout particulier à l’heure où les bouleversements climatiques s’accroissent du fait de l’activité de l’Homme, qui modifie les paramètres d’autorégulation de son environnement. « L’inattendu nous guette. Il nous apparaît, il nous saisit, il nous dévore ».

Ce rapport au vent est un rapport à la vie, que le texte de Victor Hugo illustre sublimement.

Du déchaînement des éléments, du saccage et du fléau naissent aussi la beauté et le renouveau. « [La nature] serait le monstre, si elle n’était la merveille ».